Comment investir à la retraite : le guide complet pour te préparer à décaisser (2026)
Étant planificateur financier, je me fais souvent demander dans quoi investir.
Plus spécifiquement, puisque j’ai une expertise en décaissement, on me demande souvent comment investir à la retraite ?
La plupart des gens supposent que puisque je suis un “conseiller financier”, le gros de ma job, c’est “vendre” des investissements. Et, d’une certaine manière, ça les amène aussi à croire que je pourrais les aider à sélectionner les meilleurs produits pour leur portefeuille de placement.
Ma réponse à cette question est toujours la même : “Ça dépend de tes objectifs”.
Je peux penser à une centaine de questions que tu pourrais poser et qui auraient un impact bien plus important sur ta réussite financière que de demander à un conseiller ou un planificateur financier quel investissement il te recommande.
Et, quand tu arrives proches de 50 ans, poser les bonnes questions devient particulièrement important.
La première chose que tu dois apprendre, c’est comment mesurer le risque.
Lorsque tu passes de l'accumulation à l'utilisation de ton épargne, ton objectif principal devient l'élaboration d'une stratégie qui t’assure des revenus mensuels réguliers.
Pour prendre de bonnes décisions, tu as besoin d’une façon de comparer différentes stratégies d’investissements entre elles.
Et, pour se faire, il te faut une base de comparaison objective.
Mesurer le risque
Avant d'investir ton argent quelque part, la première question à te poser est : “ Est-ce que je peux perdre tout mon argent ? “.
La deuxième question est : “ Est-ce que je peux perdre de l’argent ? ”
Cependant, tu dois faire attention avec la deuxième question.
On pourrait penser que la définition de perdre de l'argent est simple, mais ce n'est pas toujours le cas.
Imagines que tu places tout ton argent dans un certificat de placement garantit (CPG) qui te donne 2 % par an. Tu investis 100 000$. Cinq ans plus tard, ça vaut 110 408$. L’inflation moyenne pendant ces 5 ans était de de 3%. Si je te demandais si tu as perdu de l’argent, qu’est-ce que tu dirais ?
Après avoir été ajusté pour l’inflation, ton 110 408$ te donne une capacité d’achat de seulement 95 238$.
Même si tu n’as pas perdu un seul vrai dollar, tu as perdu du pouvoir d’achat. C’est ce qu’on appel le risque d’inflation.
Et, ce n’est qu’un seul risque parmis d’autres qui planent sur ta retraite.
Aujourd’hui, dans le monde de l’investissement, on définit souvent le risque d’un placement par sa volatilité. La volatilité, c’est à quel point un investissement peut bouger vers le haut et vers le bas.
J’aimerais t’amener à réfléchir à la notion de risque d’une autre façon. Selon moi, la véritable mesure du risque n'est pas de perdre ou de gagner de l’argent ; c'est le risque de ne pas atteindre tes objectifs.
Si tu obtiens 1 à 2 % de rendement de plus, mais que tu te retrouves à court d'argent avant 85 ans... as-tu vraiment gagné ?
Un point de rendement de plus ne vaut rien si une baisse de marché arrive au pire moment et te force à vendre à perte, ou à revoir tes projets de retraite à la baisse.
Si tu investis ton argent uniquement dans des CPG, et que ton pouvoir d'achat s'érode au point où tu manques d'argent avant 85 ans... as-tu vraiment gagné ?
Investir trop sécuritairement peut être aussi dangereux qu'investir trop agressivement, surtout dans un contexte d'inflation élevée.
Alors, comment peux-tu comparer un choix d'investissement au risque de ne pas atteindre tes objectifs ?
Premièrement, tu dois clairement identifier et quantifier tes objectifs. Par exemple, un objectif clairement définit pourrait être de prendre ta retraite à 60 ans et d’être en mesure de maintenir un train de vie de 80 000$/an ajusté à l’inflation.
Deuxièmement, tu dois déterminer un moyen sans risque (ou avec le moins de risque possible) d’atteindre ces objectifs.
Finalement, tu peux comparer tes alternatives par rapport au choix sans risque. Une fois que c’est fait, tu peux décider si les alternatives plus risquées ont le potentiel d'améliorer suffisamment tes résultat pour justifier la prise de risque supplémentaire.
Définir tes objectifs peut s’avérer difficile. Nous sommes tous différents. Peu importe comment tu définis tes objectifs, tu vas éventuellement atteindre un point où ton capital financier devra te procurer un revenu fiable pour remplacer ton ancien salaire. Le succès à ce point dans ta vie n’est plus défini comme l’obtention d’un taux de rendement plus élevé.
Si ton objectif est un revenu stable et durable, commences par examiner ce que tu pourrais obtenir en utilisant des options sûres et garanties. Compares ensuite les alternatives par rapport à ces options sans risque.
Les options d’investissement sans risques
Des options d’investissement sans risques, il n’en existe pas 45.
Pour moi des investissements sans risques, ce sont des investissements qui répondent aux critères suivants :
Pas d’ambiguïté (you know what you get)
Peut seulement augmenter ou rester stable
N’est pas affecté par les hauts et les bas du marché
Et en bonus : pleinement indexé à l’inflation.
Les trois principaux types de solution de placements qui répondent à ces critères sont les CPG, les rentes viagères et les rentes gouvernementales.
Les CPG (certificats de placement garantis) et ton plan de retraite
Un CPG, c'est simple. Tu prêtes ton argent à une institution financière pour une durée fixe. En retour, elle te garantit un taux d'intérêt fixe. Point final.
Pas de surprise. Pas de fluctuation. Pas de nuit blanche à checker les marchés.
Le capital est protégé (et souvent assuré par la SADC jusqu'à 100 000$ par institution)
Le rendement est connu d'avance, à la cenne près
Que le marché boursier explose ou s'effondre, ton CPG, lui, ne bouge pas
C'est exactement ce qu'on cherche dans la catégorie « sans risque » : aucune ambiguïté, ça ne peut pas descendre, et les soubresauts du marché n'ont aucune emprise dessus.
Mais ce n'est pas parfait
Voici où ça se complique.
Le risque de renouvellement
Un CPG a une date d'échéance. 1 an, 3 ans, 5 ans. Et quand cette date arrive, tu dois le renouveler à un nouveau taux qui n'a aucun lien avec celui que tu avais avant.
Tu as bloqué 5% pendant 5 ans? Tant mieux pour toi. Mais si les taux ont chuté à 2% au moment du renouvellement, tu n'as pas le choix : tu embarques au nouveau taux, ou tu places ton argent ailleurs. Le taux d'aujourd'hui ne te garantit rien pour demain.
C'est un risque qu'on oublie souvent, parce qu'il ne se manifeste pas pendant la durée du terme. Il attend patiemment à l'échéance.
Le risque de ne pas battre l'inflation
Voici le vrai talon d'Achille du CPG : rien ne garantit qu'il va suivre l'inflation.
Si ton CPG te donne 2% et que l'inflation grimpe à 3%, tu es en train de perdre du pouvoir d'achat. Ton relevé de compte dit que tu as plus d'argent. Ta réalité économique dit le contraire.
C'est le piège classique : un placement peut être garanti en dollars, et quand même perdre de la valeur réelle. Le chiffre monte, mais ce que ce chiffre peut t'acheter, lui, diminue.
Le CPG parfait n'existe pas, mais il pourrait
Si un CPG était vraiment sans risque, il inclurait une composante de protection contre l'inflation. Un peu comme les TIPS (Treasury Inflation-Protected Securities) aux États-Unis, où le capital est ajusté automatiquement en fonction de l'inflation, garantissant un rendement réel, pas seulement un rendement nominal.
Au Canada, cette version idéale n'existe plus.
Un CPG ça peut être un bon outil ou pas. Tout dépend de ce dont TU as besoin.
Les rentes viagères et ton plan de retraite
Une rente viagère est une autre option sécuritaire, mais ce n’est pas un investissement. C’est un contrat avec une compagnie d’assurance.
Avec une rente viagère immédiate, tu donnes a un assureur un montant forfaitaire. En échange, l’assureur te paie un revenu garanti à vie.
Une rente viagère indexée à l’inflation va te payer un plus petit montant initialement, mais ton revenu va augmenter au fil du temps en fonction d’un taux prédéterminé d’indexation.
Tu peux voir la rente viagère comme un bocal à biscuit. Tu donnes à l’assureur le bocal au complet et il te redonne un biscuit à chaque année. Si le bocal devient vide, l’assureur promet de continuer à te donner des biscuits de toute façon aussi longtemps que tu en auras besoin. En échange, tu acceptes qu’une fois que tu leur aura confié ton bocal, tu ne peux plus y mettre la main. Si une année tu veux 3 biscuits, tu vas devoir te les procurer ailleurs.
Cette offre inépuisable de biscuits signifie qu’une rente viagère est une excellente protection contre le risque de longévité. Peu importe la durée de ta vie et peu importe combien tu vas dépenser au début de ta retraite, tu recevras toujours un biscuit chaque année. Et, si ce biscuit c’est tout ce dont tu as besoin pour couvrir ta base, alors c’est très sécurisant.
Avec une rente viagère indexée à l’inflation, tu commences par obtenir un plus petit biscuit et ce biscuit devient de plus en plus grand à chaque année.
Le montant que tu reçois d’une rente viagère dépend aussi de ton âge et des options que tu peux y ajouter comme une période de garantie ou une réversibilité au conjoint survivant.
Voici quelques notions de bases sur les rentes viagères que tu devrais connaître :
Plus tu es âgé au moment où tu commences à recevoir la rente, plus le revenu mensuel que tu recevras sera élevé
Une rente viagère simple offre un versement plus élevé qu’une rente viagère qui doit couvrir deux personnes (réversible)
Avec une rente viagère, tu échanges ton capital contre un flux de revenu garanti
Tu as la possibilité d’ajouter une période de garantie sur une rente viagère. Les garanties 10 et 15 ans sont très peu dispendieuses.
Allons voir un exemple pour une personne ou un couple de 65 ans qui prendrait une rente immédiate commencant aujourd’hui vs une rente différée commencant à 71 ans dans l’environnement de taux actuel.
Tableau 1 : Combien de revenus mensuels est-ce qu’un achat d’une rente viagère de 100 000$ permet d’obtenir ?]
En utilisant le tableau 1, tu peux voir que pour un couple ayant chacun 65 ans en 2026, 100 000$ permet d’acheter environ 500$ de revenu mensuel garanti. Si ce même couple décidait d’acheter la rente aujourd’hui, mais de différé le paiement à un âge de 71 ans, ce même 100 000$ leur permettrait d’acheter environ 680$ de revenu mensuel garanti, soit environ 36% de plus.
Qu’en est-il des rentes viagères indexées à l’inflation ? Lorsqu’on étudie le comportement réel des retraités, on se rend compte que les dépenses totales n’ont pas tendance à suivre le rythme de l’inflation, en particulier lorsqu’ils atteignent l’âge de 85 ans. Les baisses de dépenses sur les voyages, les vêtements et le divertissement ont tendance à compenser l’augmentation du coût de la vie et des soins de santé. D’autant plus que le RRQ et la PSV sont déjà pleinement indexés. Si tu veux créer un plan qui te permet de dépenser plus au début de ta retraite, une rente viagère non indexée est un bien meilleur choix. Tu fais le choix que dépenser maintenant est plus important que dépenser plus tard. Le plupart des gens qui envisagent souscrire une rente viagère devraient privilégier une rente non indexée.
Pour quelqu’un qui veut un revenu garanti, ma préférence personnel est de d’abord différer l’âge de début des rentes RRQ et PSV puisque ça permet d’obtenir un plus gros revenu pleinement indexé à l’inflation. Ensuite, si ce n’est pas suffisant, on comble les besoins supplémentaires en matière de revenu garanti en utilisant une rente viagère non indexée.
Un dernier point sur les rentes viagères. Les rentes ont aussi un traitement fiscal avantageux lorsqu’elles sont souscrite à partir de placements NE. Une partie du paiement de la rente est un remboursement de capital non imposable. Ce traitement fiscal peut être particulièrement intéressant si tu as un taux marginal d’imposition élevé et si tu es proche d’un seuil critique comme le seuil de récupération de la PSV. En plus, à partir de 65 ans, les paiements reçus d’une rente viagère sont considérés comme du revenu de pension admissible, ce qui permet d’en fractionner jusqu’à la moitié avec un conjoint. C’est partculièrement intéressant pour les couples qui ont un écart de revenu considérable.
Voyons voir une comparaison fiscale avec un CPG. Ici, je suppose que le CPG offre un rendement de 5% et la rente un taux de paiement identique de 5%. Dans la réalité, le taux de paiement de la rente sera toujours considérablement plus élevé que le taux d’intérêt offert par un CPG.
Tableau 2 - Fiscalité d’une rente vs un CPG
En utilisant le tableau 2, tu peux voir que le paiement de la rente viagère est plus efficace fiscalement. Le revenu généré par le CPG est 100% imposable, alors que pour la rente, sur les 5 000$ de revenus générés, la partie imposable est de seulement 1 800$. Dans cet exemple, l’avantage fiscal de la rente permet d’améliorer le revenu net de 1 156$, soit une augmentation de 36%.
Les rentes gouvernementales (RRQ et PSV) et ton plan de retraite
On ne pense jamais à la RRQ et à la PSV comme des investissements. On les voit comme des chèques qui arrivent, un point c'est tout. Une prestation.
Pourquoi c'est un investissement ?
Voici le changement de perspective : chaque année où tu reportes le début de ta RRQ ou de ta PSV, tu reçois une bonification. Un montant plus élevé, à vie, en échange d'avoir attendu.
Cette bonification, c'est exactement ça : un rendement. Tu "investis" en acceptant de retarder tes revenus, et le gouvernement te garantit un rendement sur cette décision, sous forme d'un revenu plus élevé pour le reste de tes jours.
Et ce rendement-là coche toutes les cases :
Pas d'ambiguïté : le taux de bonification est connu d'avance, année après année
Ça ne peut qu'augmenter : plus tu reportes, plus le montant final grimpe, jamais l'inverse
Aucun lien avec les marchés : le krach de 2008, la pandémie, la prochaine crise, rien de tout ça n'affecte ta bonification
Et surtout, le RRQ et la PSV sont pleinement indexés à l'inflation.
Le meilleur rendement garanti qui existe.
Je le dis sans détour : il n'y a pas de meilleur investissement garanti que le report de la RRQ et de la PSV.
Penses-y. Un CPG te donne un taux fixe, mais avec un risque de renouvellement et aucune protection contre l'inflation. Une rente viagère privée te donne un revenu à vie, mais souvent sans indexation complète, et avec le risque de contrepartie de l'assureur.
Le report gouvernemental, lui, combine :
Un rendement garanti sur la bonification
Une protection à 100% contre l'inflation
Un revenu qui dure aussi longtemps que toi
Aucun produit financier sur le marché ne peut égaler ça. Pas un CPG. Pas une obligation. Pas même la meilleure rente viagère privée.
Le problème, ce n'est pas la qualité de l'investissement. C’est notre difficulté à le voir comme tel. On regarde le report comme une privation ("je me prive d'un chèque pendant X années") plutôt que comme une allocation de capital ("je place cette portion de mes revenus dans le meilleur véhicule garanti disponible").
Une fois qu'on inverse cette perspective, la décision devient beaucoup plus claire pour une grande partie des retraités.
Jusqu’à présent, nous avons vu 3 options d’investissements sécuritaires et garanties. Les CPG, les rentes viagères et les rentes gouvernementales.
Quand est-il des obligations, c’est sécuritaire non ?
Les obligations et ton plan de retraite
L'industrie a tendance à définir les obligations comme la composante sécuritaire d'un portefeuille. La partie "prudente". La contrepartie stable aux actions.
Sauf que ce n'est pas aussi simple que ça.
Il existe une panoplie d'obligations différentes, et certaines sont beaucoup plus risquées que d'autres. Mettre toutes les obligations dans le même panier "sécuritaire", c’est comme mettre une petite averse et un ouragan de catégorie 5 dans la même case "précipitations". Les deux mouillent. Un seul peut détruire une maison.
On n'a pas besoin de remonter loin pour un exemple concret : 2022. Quand les banques centrales ont entamé leur cycle de hausses de taux le plus rapide en décennies pour combattre l'inflation, les obligations à long terme ont pris un coup dur. Certains fonds d'obligations long terme ont perdu 25%, 30%, voire davantage en une seule année, des baisses qu'on associe habituellement aux marchés boursiers, pas à la portion "sécuritaire" d'un portefeuille.
Le pire dans tout ça? Ce sont souvent des retraités, à qui on avait vendu les obligations à long terme comme le pilier stable de leur portefeuille, qui ont vu cette portion fondre au pire moment possible. C'est l'exemple parfait de pourquoi "obligation" ne devrait jamais être un synonyme automatique de "sécuritaire".
Deux facteurs principaux doivent être tenu en compte pour évaluer le risque d’une obligation ou d’un fonds d’obligation. : le terme et la qualité.
Le terme
Plus le terme d'une obligation est long, plus elle est sensible aux variations de taux d'intérêt.
Une obligation qui vient à échéance dans 1 an? Très stable. Une obligation à échéance dans 20 ou 30 ans? Elle peut fluctuer énormément si les taux bougent. Une hausse de taux fait chuter la valeur des obligations à long terme, parfois de façon spectaculaire.
Alors "obligation à long terme" et "sécuritaire" ne devraient pas être utilisés dans la même phrase.
La qualité
Toutes les obligations ne sont pas émises par des entités aussi solides les unes que les autres.
Une obligation du gouvernement du Canada? Risque de défaut pratiquement nul.
Une obligation corporative de qualité "investment grade"? Risque faible, mais bien réel.
Une obligation à haut rendement ("high yield" ou obligation de pacotille)? Risque de défaut significatif, en échange d'un rendement plus élevé.
Ce dernier type d'obligation, malgré le nom rassurant de "obligation", se comporte parfois plus comme une action que comme un CPG. Elle peut chuter dramatiquement en période de crise économique, exactement quand tu as besoin qu'elle reste stable.
Fonds d'obligations vs obligations individuelles
Si tu achètes une obligation individuelle et que tu la détiens jusqu'à échéance, tu récupères la même somme à l’échéance. Ton rendement est alors composé du taux d'intérêt, ou taux de coupon, que verse l'obligation.
Si tu détiens cette obligation jusqu’à l’échéance, ton seul risque est le risque de défaut.
Notes toutefois qu’entre la date d’émission et la date d’échéance, le prix des obligations fluctue.
Par exemple, supposes que tu achètes une obligation de 1 000$ arrivant à échéance dans 10 ans et offrant un taux d’intérêt de 5%. Le rendement à l’échéance de l’obligation est de 5%.
Trois ans plus tard, les taux d’intérêt ont baissé et les nouvelles obligations qui sont émises paient maintenant 3%. À ce stade, un investisseur serait prêt à te payer plus que 1 000$ pour ton obligation en raison de son taux d’intérêt plus élevé que celles nouvellement émises. Et, ce prix plus élevé aurait pour effet de porter le rendement à l’échéance de cette obligation à environ 3%. Autrement dit, la hausse de prix la rendrait équivalente à celle d’autres obligations avec des caractéristiques similaires vendues le jour de la transaction. Si tu conserves ton obligation jusqu’à son échéance, tu vas recevoir 1 000$ quelle que soit sa valeur marchande avant sa maturité.
En revanche, si les taux d'intérêt avaient atteint 6 % et que tu souhaitais vendre ton obligation avant son échéance, un investisseur t’offrirait moins de 1 000 $ car ton taux de coupon est inférieur aux taux actuels. Là encore, si tu la conserves jusqu'à son échéance, tu récupéreras tes 1 000 $.
En résumé, si tu vends ton obligation avant son échéance, tu pourrais obtenir un prix supérieur ou inférieur à son prix d'achat, ce qui modifiera ton rendement total. En revanche, si tu la conserves jusqu'à son échéance, tu récupéreras la valeur nominale lors du remboursement par l'émetteur.
Lorsque tu investis dans un fonds commun de placement ou un FNB investi en obligations, ton rendement dépendra du prix et du taux de coupon cumulés de toutes les obligations détenues par le fonds, ainsi que du calendrier des opérations d'achat et de vente, qui relève de la responsabilité de l'équipe de gestion du fonds.
Un fonds d'obligations n'a pas d'échéance. C'est un panier d'obligations qui se renouvelle continuellement. Il n'y a jamais de moment où tu "attends l'échéance" pour récupérer ton capital garanti, la valeur du fonds fluctue en tout temps selon les taux d'intérêt et les conditions de marché.
Ça veut dire qu'un fonds d'obligations peut perdre de la valeur, et rester en perte pendant des années, même s'il est composé d'obligations de bonne qualité. On l'a vu clairement en 2022 : plusieurs fonds d'obligations "sécuritaires" ont chuté de 10%, 15%, parfois plus.
Nuance importante, par contre : un fonds d'obligations à court terme demeure, de façon générale, très stable. Comme les obligations qu'il détient viennent à échéance rapidement et se renouvellent constamment à des taux courants, sa sensibilité aux variations de taux d'intérêt est beaucoup plus faible que celle d'un fonds à long terme. Ce n'est pas parfait. La fluctuation n'est jamais complètement à zéro, mais dans les faits, la volatilité d'un bon fonds d'obligations court terme se rapproche davantage de celle d'un CPG que de celle d'un fonds d'obligations à long terme.
Le vrai test
Reviens aux trois critères du début. Pas d'ambiguïté. Peut seulement augmenter ou rester stable. N'est pas affecté par les hauts et les bas du marché.
Une obligation gouvernementale à court terme, détenue jusqu'à échéance? Elle passe le test.
Un fonds d'obligations court terme? Il s'en approche, sans le réussir parfaitement. La stabilité est là, mais pas la garantie absolue. Cela dit, un fonds d'obligations court terme a ses avantages. Il peut procurer un meilleur rendement qu'un CPG ou qu'une obligation individuelle détenue jusqu'à échéance, tout en restant liquide, pas de terme fixe, pas de pénalité pour retrait anticipé. Et même s'il peut baisser légèrement à l'occasion, c'est souvent une façon simple et efficace de s'exposer à une classe d'actif sécuritaire et liquide, sans avoir à gérer des obligations individuelles une par une.
Un fonds d'obligations intermédiaires diversifié, ou une obligation à long terme, ou une obligation de moins bonne qualité? Ça échoue à au moins un des critères, souvent plusieurs.
Alors la prochaine fois qu'on te dit que "la portion obligations de ton portefeuille, c'est la partie sécuritaire”, ne prends pas ça pour acquis.
Maintenant que nous avons examiné 4 options sûres pour générer un revenu à la retraite, nous pouvons comparer des alternatives plus risquées à ces choix sûrs afin de déterminer si les rendements supplémentaires potentiels justifient le risque additionnel encouru.
Les actions et ton plan de retraite
L’alternative traditionnelle plus risquée, c’est le marché boursier, les actions.
Lorsqu’elles sont utilisées dans le cadre de ton plan financier et non dans un cadre spéculatif, elles ont toute leur place dans ton portefeuille de revenu de retraite. Détenir des actions intelligement pourrait te permettre de dépenser beaucoup plus pendant ta retraite ou même de laisser un héritage considérablement plus élevé.
Pour que les actions soient un outil efficace, il est essentiel de bien comprendre comment elles “fit” dans ton plan et d'investir de manière à ce que les fluctuations mensuelles et annuelles du marché n'aient que peu ou pas d'impact sur ton plan à long terme.
Je vois rarement des gens utiliser les actions dans le cadre de leur plan de cette façon.
Plutôt, les gens ont souvent tendance à les utiliser comme des instruments de spéculation dans l’espoir d’obtenir des rendements plus élevés sans même savoir pourquoi ou sans même avoir d’objectif clair. C’est un jeu risqué qui peut causer de sérieux dommages à ton plan de retraite.
L’importance de la diversification
Que tu investisses pour accumuler des actifs ou pour créer un revenu de retraite régulier, la diversification est essentielle.
Personne ne peut prédire quelle classe d'actifs va performer le mieux dans une année donnée. Les actions américaines? Les marchés émergents? L'immobilier? Certains croient le savoir. Personne ne le sait vraiment, année après année.
La diversification, c'est ta protection contre cette incertitude. En détenant plusieurs classes d'actifs qui ne bougent pas toutes de la même façon en même temps, tu réduis les soubresauts de ton portefeuille, sans nécessairement sacrifier le rendement à long terme.
C'est particulièrement critique à l'approche de la retraite. Un portefeuille bien diversifié encaisse mieux les chocs au moment précis où tu commences à retirer de l'argent, exactement quand tu peux le moins te permettre une chute abrupte.
Mais diversifier, ça ne veut pas dire ce que la plupart des gens pensent.
Diversifier signifie posséder différentes classes d'actifs. Ça ne veut pas dire d'avoir plusieurs comptes dans plusieurs institutions différentes. Et ça ne veut surtout pas dire d'avoir une trentaine de fonds dans ton portefeuille.
La fausse diversification
Quand je révise le portefeuille de nouveaux clients, je vois souvent la même chose : ce que j'appelle de la fausse diversification.
Des portefeuilles avec une dizaine de fonds, parfois plus. Des actifs éparpillés dans trois, quatre institutions financières différentes. L'impression d'être bien protégé, bien réparti.
En réalité? Tu peux construire un portefeuille très bien diversifié avec 1 à 3 fonds, dans une seule institution financière. Passé 5 fonds, avec des actifs éparpillés un peu partout, tu n'ajoutes pas de sécurité. Tu ajoutes de la complexité inutile.
Je vais même plus loin : ton allocation en actions peut se limiter à un seul fonds d'actions mondiales bien diversifié. Un seul fonds qui te donne une exposition aux États-Unis, au Canada, à l'international et aux marchés émergents. Si tu fais ça et que tu le laisses tranquille tu vas probablement faire mieux que 99% des gens qui jonglent avec dix fonds et trois institutions.
Et quand je creuse un peu dans ces portefeuilles à dix fonds et plus, je découvre presque toujours la même chose : plusieurs fonds sont hautement corrélés entre eux. Ils se ressemblent. Ils bougent ensemble. Toute cette complexité ajoute très peu de valeur, mais coûte cher en clarté.
Pourquoi ça arrive ?
Je vais être direct : j'ai souvent l'impression que certains "conseillers financiers" complexifient inutilement le portefeuille de leurs clients pour donner l'illusion que la gestion de placements est compliquée. Ça justifie leur valeur. Ça justifie leurs honoraires.
Sauf que la vraie compétence, ce n'est pas de complexifier. C'est de simplifier sans rien perdre en efficacité.
Si tu es de ceux qui ont des placements éparpillés un peu partout et que tu approches de la retraite, tu te compliques inutilement la vie.
Gérer le rebalancement et le décaissement de tes actifs à la retraite, c'est infiniment plus simple avec 1 REER, 1 CELI et 1 compte non-enregistré, plutôt qu'avec quatre comptes de chaque. Moins de comptes à surveiller, moins de relevés fiscaux, moins de place à l’erreur et une meilleure coordination générale.
Une diversification adéquate consiste à construire un portefeuille dont les choix d'investissement correspondent au moment où tu auras besoin de ton argent.
Correctement réalisée, la répartition entre les différentes classes d'actifs sera alignée sur tes objectifs, pas sur le nombre de fonds dans ton relevé.
Un bon plan financier précise ces objectifs. Il t'indique, entre autres, la part approximative à investir dans les différents types de placements disponibles : actions américaines, actions canadiennes, actions internationales, marchés émergents, obligations à long terme, obligations à court terme.
Certaines personnes choisissent de n’utiliser que des options de placements sécuritaires (des CPG, des rentes viagères et des obligations). Ils recherchent la sécurité avant tout. D’autres vont préférer les investissements plus dynamiques (les actions) dans l’espoir d’obtenir un taux de rendement réel plus élevé. Pour la plupart des gens, la combinaison de ces 2 choix est souvent la meilleure solution. Ça permet d’obtenir le meilleur des deux mondes : la sécurité et la croissance. La question est : comment les combiner ?
L’allocation d’actif basé sur la gestion des risques
Un bon plan d’investissement à la retraite ne repose pas sur une seule décision.
Le moment où tu demandes tes rentes RRQ et PSV, l’utilisation de CPG, d’obligations, de rentes viagères et d’un portefeuille diversifié d’actions mondiales remplissent chacun une fonction différente. Ensemble, ils permettent de réduire les principaux risques liés à la retraite.
La décision du timing des rentes RRQ et PSV peut procurer une protection contre le risque d’inflation, le risque de longévité, le risque de trop dépenser et le risque de séquence de rendement. C’est une décision ultra importante.
L’intégration d’obligations court terme et de CPG peuvent garantir qu’un certain montant sera disponible pour une année spécifique et ça peut aider à minimiser le risque de séquence de rendement.
Une rente viagère assure contre le risque de longévité, le risque de trop dépenser, le risque de séquence de rendement et la peur de dépenser.
Un portefeuille diversifié d’actions mondiales permet de s’exposer aux actions avec un rique de concentration et de volatilité réduit et avec l’objectif de réaliser un meilleur rendement que les investissements plus sécuritaires. Cette partie de ton portefeuille de retraite pourrait te permettre de dépenser plus, de profiter d’un niveau de vie plus élevé et de laisser un plus gros héritage à la prochaine génération.
Utiliser une combinaison de ces options te permet de te diversifier contre plusieurs types de risques.
Beaucoup de gens commencent par les placements. C’est une erreur.
Les placements, c’est un outil pour atteindre tes objectifs, rien de plus.
Comme quand on construit une maison, il faut commencer par la fondation.
La fondation, c’est ton plan de revenu de retraite.
À lire aussi : Comment créer un plan de revenu de retraite
Ton plan de revenu de retraite, c’est une ligne du temps qui montre ce qui va se passer avec ton argent sur plusieurs années. Cette ligne du temps est importante puisque, une fois construite, elle va servir à enligner plusieurs décisions critiques, incluant ta stratégie de placement.
Un plan de revenu de retraite bien monté, ça te permet de comparer tes revenus à tes dépenses et de savoir combien tu vas retirer et de où pour les prochaines années.
Et ça, si tu ne veux pas laisser les choses au hasard, c’est une information précieuse.
“Ne rien laisser au hasard pour faire mieux que la chance”
Par exemple, si ton plan de revenu de retraite démontre que tes rentes RRQ et PSV vont te donner un revenu de 30 000$/an, mais que tu as besoin de 40 000$ pour couvrir ta base (tes besoins essentiels), c’est peut être signe que tu devrais envisager souscrire une rente viagère pour couvrir l’écart.
Personnellement, j’aime m’assurer que le train de vie de mes clients soient AU MOINS couvert à 50% par des sources de revenus stables, sécuritaires, garanties et non dépendantes des marchés financiers. Seules 4 sources de revenus répondent à ces critères : Le RRQ, la PSV, les fonds de pensions à prestations déterminés et les rentes viagères.
Et si ton plan montre clairement que tu n’as pas besoin de toucher à ton CELI avant plus de 10 ans, c’est peut être signe que ce compte pourrait être investi à 100% en actions.
Et si ton plan montre que tu vas avoir besoin de décaisser 200 000$ de ton REER dans les 5 prochaines années, c’est peut être signe que tu devrais prévoir pour 200 000$ de placements sécuritaires dans ton REER.
Cinq ans avant la date de retraite souhaitée, tu devrais créer un plan de revenu de retraite pour avoir une bonne idée de tes dépenses et de où vont venir tes revenus pendant la retraite.
À quelle âge devrais-tu demander ta RRQ, ta PSV et ton fonds de pension, si tu en as un ? Une fois activés, combien est-ce que ces rentes vont te donner par mois ? Est-ce que c’est suffisant pour couvrir ta base, c’est à dire l’argent dont tu as besoin pour vivre dignement selon tes propres standards ? Si non, ça vaut peut être la peine d’explorer l’avenue d’une rente viagère pour couvri ce qui manque.
Savoir que tes dépenses de bases sont couvertes peu importe ce qui se passe sur les marchés peut procurer une immense paix d’esprit. Et ça peut te libérer et te donner la permission de dépenser plus et d’en profiter.
Combien as-tu besoin de décaisser dans les 5 prochaines années ?
Voici ma règle personnelle : chaque dollar dont tu pourrais avoir besoin dans les 5 prochaines années ne devrait pas être investi sur les marchés.
Sur un horizon de 5 ans, les marchés sont tout simplement trop volatils.
L’argent que tu as besoin dans les 5 prochaines années, ça doit être dans des obligations court terme, des CPG ou du cash.
Cette réserve de 5 ans, j’aime appeler ça “le coffre de guerre”.
Pour quelqu’un qui prend sa retraite dans 3 ans, ça veut dire qu’on devrait prévoir sécuriser l’équivalent de 2 années de retraits dans le coffre de guerre, sur les 5.
Le reste de ton argent, ce que tu n’as pas besoin de toucher avant plus de 5 ans, tu devrais envisager d’investir la majeure partie dans les plus grandes compagnies du monde, c’est à dire dans des actions. Pendant toute ta retraite, posséder ces compagnies t’offira la meilleure façon de continuer à dépenser sur les choses qui te font plaisir, d’élever ton style de vie et de laisser un plus grand héritage.
De où vas-tu décaisser en premier ? Qu’est-ce qui est optimal ? Commencer par le REER, le CELI, le NE, le compte corporatif ?
Si le plan démontre que tu devrais seulement décaisser du REER dans les 5 prochaines années, alors ton coffre de guerre devrait être détenu en entièreté dans le REER. Tu devrais aussi envisager de détenir l’équivalent d’au moins 3 à 6 mois de dépenses dans le CELI ou le NE pour avoir une flexibilité fiscale en cas de dépenses importantes imprévues.
Donc, ton CELI, ton REER et ton NE ne devraient pas nécessairement avoir la même allocation d’actif.
Comment ça fonctionne sur une base annuelle ?
En fin d’année, tu révises ton plan financier et tes projections de retraite. Tu mets à jour tes revenus, tes dépenses et le solde de tes placements.
Ensuite, tu révises ta projection pour les 5 prochaines années.
Tu regardes combien tu as besoin de décaisser dans les 5 prochaines années et de quel compte. C’est la cible de ton coffre de guerre.
Si ton coffre de guerre est en-dessous de sa cible et que les marchés sont positifs depuis le début de l’année, tu vends des actions et tu renfloues ton coffre de guerre pour atteindre ta cible.
Si ton coffre de guerre est en-dessous de sa cible et que les marchés sont négatifs depuis le début de l’année, tu ne touches à rien. Tu attends à la fin d’année prochaine pour voir si les marchés ont repris.
Si ton coffre de guerre est au-dessus de sa cible, tu vends l’excédent et tu investis ça dans la portion action de ton portefeuille.
Allons voir un exemple.
Exemple concret : le plan d’investissement de retraite de Bob et Sue
On va reprendre l’exemple de Bob et Sue que j’ai utilisé dans deux de mes articles précédents : Comment créer ton plan de dépenses pour la retraite et Comment créer un plan de revenu de retraite.
Je te recommande d’aller lire ces deux articles si tu veux bien suivre.
Voici la projection du revenu de retraite complète pour Bob et Sue :
Ratio de couverture
Bob et Sue veulent s’assurer que leurs dépenses de base seront couvertes à mesure qu’ils vieillissent. Avec un avenir garanti, ils se sentent plus à l’aise de voyager et d’en profiter pendant les 10 premières années de la retraite puisqu’il n’ont pas à se soucier de leur sécurité financière plus tard.
Pour évaluer leur sécurité financière à un âge plus avancé, nous avons analysé quelle part de leurs dépenses est couverte par des sources de revenus garanties. C’est ce que j’aime appeler le “ratio de couverture”.
Si Bob et Sue prenaient leur RRQ et PSV à l’âge normal de la retraite (65 ans), ça leur donnerait un revenu brut d’environ 45 300 $ en dollars d’aujourd’hui, soit environ 42 800 $ net. Leur train de vie de base étant de 66 000$/an en dollars d’aujourd’hui, leur ratio de couverture serait de 65 %. Cela signifie qu’une fois que les rentes seront activées, 65 % de leurs dépenses de base seront couvertes par un chèque de paie mensuel garanti, indexé et non dépendant des marchés financiers.
Puisque Bob et Sue n’ont aucune raison de croire qu’ils ont une espérance de vie réduite, ils devraient envisager de reporter la date de début de leurs rentes. Le report permet d’obtenir une bonification et donc d’améliorer le ratio de couverture à un âge plus avancé. De plus, ça permet de garder les revenus imposables à un niveau plus bas au début de la retraite. On pourrait tirer profit de cette situation pour faire des retraits REER à un taux d’imposition plus intéressant.
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En reportant les rentes RRQ et PSV au maximum (72 ans pour le RRQ et 70 ans pour la PSV), quand tout sera activé, ça leur donnerait un revenu brut d’environ 70 000$ en dollars d’aujourd’hui, soi environ 61 000$ net. Cela leur permet de faire passer le ratio de couverture de 65% à 92%.
La recherche montre que les capacité cognitives diminuent avec l’âge. De plus, dans un couple, souvent un seul des conjoints s’occupe des finances. Pour cette raison, je pense qu’il est logique de bâtir un plan qui procure un ratio de couverture plus élevé plus tard. Cela te protège contre un futur toi qui ne sera peut être plus en mesure de prendre des décisions aussi judicieuses que tu le peux aujourd’hui et si tu es en couple, cela protège le conjoint qui n’est peut être pas aussi à l’aise avec les finances.
Bob et Sue sont d’accord pour reporter leurs rentes au maximum. Ils aiment l’idée d’avoir un ratio de couverture plus élevé plus tard. Ça les sécurise.
Si leur projection montrait que plus tard dans leur vie, moins de 50% de leurs dépenses courantes étaient couvertes par un revenu garanti, je leur suggérerais d’envisager sérieusement le recours aux rentes viagères.
Étant donné que leur ratio de couverture est de presque 100%, Bob et Sue décident de ne pas souscrire une rente viagère.
Mais ça va changer lorsque l’un d’eux deviendra conjoint survivant. En tant que conjointe survivante en 2038, Sue verrait environ 75 % de ses dépenses projetées couvertes par le RRQ et la PSV.
Une option : Bob et Sue peuvent convenir qu’au décès de l’un des conjoints, le conjoint survivant utiliserait une partie du patrimoine restant pour souscrire une rente viagère afin de compenser la perte de revenus garantis due à la diminution des prestations gouvernementales. Lorsque le ratio de couverture est déjà élevé, j’apprécie ce type de stratégie attentiste, car le coût des rentes viagères est plus avantageux pour les personnes seules que pour les couples, et encore plus pour les personnes plus âgées.
Les 5 premières années de la retraite
Bob et Sue s'inquiètent beaucoup des 5 à 10 premières années de leur retraite, durant lesquelles leurs retraits de portefeuille prévus seront importants.
Leurs retraits seront plus importants au début de la retraite puisqu’ils ont prévu beaucoup de grosses dépenses dans leurs premières années (voyages, changements de voitures, rénovations sur la maison, dons aux enfants) et ils ont décidés de reporter leurs rentes RRQ et PSV. Ce faisant, les retraits de leurs placements sont plus élevés au début de la retraite et diminuent considérablement à partir de 72 ans, une fois que les rentes sont activées. Le risque de séquence de rendement est donc à son plus fort entre le début de la retraite et 72 ans.
À lire aussi : Qu’est-ce que le risque de séquence de rendement et comment le gérer ?
Que se passerait-il si le marché s’effondrait comme en 2008/2009 ?
Il existe une manière de construire des portefeuilles permettant d'atténuer l'impact d'un krach boursier majeur au début de la retraite.
Sachant qu’une prochaine chute du marché n’est pas une question de si, mais de quand, on devrait toujours s’assurer d’avoir un peu d’argent en dehors des marchés.
Comme je l’ai mentionné précédemment, ma règle personnelle est que chaque dollar dont on pourrait avoir besoin dans les 5 prochaines années ne devrait pas être investi sur les marchés.
L’argent que Bob et Sue ont besoin dans les 5 prochaines années, ça doit être dans des obligations court terme ou du cash.
Bob et Sue auraient aussi pu décider de mettre 6, 7, 8, voir même 10 ans dans leur coffre de guerre, mais ils sont bien à l’aise avec 5 ans. Un coffre de guerre de 5 ans aurait permis de passer à travers les pires crises, incluant la crise de 2008, sans avoir à vendre des actions à perte. Et, un coffre de guerre plus élevé peut représenter un coût d’opportunité important étant donné qu’il reste moins d’argent à investir dans les plus grandes compagnies du monde.
Pour déterminer le montant en dollars à mettre dans le coffre de guerre, il suffit d’additionner les retraits projetés des 5 prochaines années dans le plan de revenu de retraite (voir la projection du revenu de retraite de Bob et Sue)
Voici donc la façon dont leur coffre de guerre sera réparti à travers les différents comptes :
REER : 400 000$
CELI : 30 000$
NE : 225 000$
Total : 655 000$
Bob et Sue ont 1 500 000$ au total en placements, ce qui signifie que le coffre de guerre représente une allocation au revenu fixe d’environ 44% globalement.
Le reste de leurs placements sera investi dans un portefeuille diversifié d’actions mondiales.
Deux éléments sur lesquels j’aimerais attirer ton attention ici.
Premièrement, chaque compte a une allocation différente. Par exemple, le REER a une allocation de 40% au revenu fixe et 60% aux actions, alors que le CELI a une allocation de 10% au revenu fixe et 90% aux actions.
Cette approche est assez différente de celle adoptée par la majeure partie de l’industrie des services financiers. En général, si tu vas voir ton institution financière, on va te proposer un portefeuille modèle arbitraire et ce même portefeuille sera appliqué à chacun de tes comptes. Ce portefeuille modèle, on le propose à toutes les personnes qui ont le même âge que toi sans même tenir compte d’un plan et des objectifs propres au client.
Le “conseiller” va te faire remplir un questionnaire de profil de risque arbitraire, qui soit disant passant est souvent biaisé pour arriver à un profil modéré, et il va te dire quelque chose dans le style : selon tes réponses aux questions, je te recommande une allocation de 50% aux actions et 50% aux obligations. Voici le fonds X que nous allons appliquer à l’ensemble de tes comptes.
Une vraie machine à saucisse … En 15 minutes, sans même bien te connaître, sans même avoir un plan, on te dit que tu devrais investir dans X.
Le pire, c’est que souvent tu vas payer aussi cher en frais pour cette machine à saucisse là que pour un vrai plan personnalisé.
Okay, c’est bon, finit la montée de lait …
Deuxièmement, le montant cible à garder dans le coffre de guerre ne sera pas le même tout au long de la retraite. Une fois la zone de risque dépassée (rendu à 72 ans), le montant du coffre de guerre diminue drastiquement étant donné qu’une grande portion des dépenses de Bob et Sue est désormais couverte par leurs rentes.
Contrairement à la pensée populaire, leur capacité à prendre des risques et à s’exposer aux actions ne diminuent pas avec l’âge, elle augmente.
L’analyse de Monte Carlo
On a aussi soumi le plan de Bob et Sue a une analyse de Monte Carlo pour voir à quel point le plan est sensible au risque de séquence de rendement. Pour se faire, on a simulé 1 000 séquences de rendement différentes (des bonnes et des mauvaises) pour établir une probabilité de succès. Leur probabilité de succès est de 98%. Cela ne signifie pas qu’ils ont 2% de chance de manquer d’argent. Ça signifie simplement qu’on a 2% de chance de devoir faire de petits ajustements en cours de route.
Personnellement, avec mes clients, je vise une probabilité de succès initiale supérieure à 75%. À 75% et plus, c’est un plan très solide.
Nous avons aussi déterminé que Bob et Sue pourraient sécuritairement dépenser 15% de plus s’ils le désiraient. Cela permet de garder la probabilité de succès au-dessus de notre cible initiale de 75%.
Si Bob et Sue décident de dépenser plus, alors il faudra réviser les projections et le financement du coffre de guerre.
Sommaire
Ton argent a un travail à faire pour toi.
Investir dans le but de te constituer un revenu à vie est différent d'investir dans le but d'obtenir le rendement le plus élevé possible.
Cela nécessite de voir l'investissement et la gestion des risques d'une nouvelle façon.
Un plan de revenu de retraite peut t’aider à déterminer combien de revenu garanti tu as et quelle proportion de tes dépenses ça devrait couvrir. Ce ratio de couverture peut ensuite être utilisé pour t’aider à poser un diagnostique et décider si les rentes viagères sont un bon fit dans ton plan.
Tu peux aussi utiliser ton plan de revenu de retraite pour déterminer quand tu auras besoin de retirer de l’argent de ton épargne et de où.
Tu peux créer des plans de revenu de retraite alternatif pour te montrer comment une stratégie se compare à une autre.
Tu peux ensuite utiliser ta stratégie de décaissement pour sélectionner des placements sûrs répondant à tes besoins de revenus à court terme et des placements axés sur la croissance pour tes besoins de revenus futurs.
Prochaines étapes
On est parti d'une question simple : « dans quoi devrais-je investir ? »
Si tu es rendu à la fin de cet article, tu sais maintenant pourquoi cette question, posée seule, ne mène jamais bien loin. La vraie question, c'est : qu'est-ce que ton plan a besoin, et à quel moment ?
Avant de déterminer dans quoi investir, il te faut d'abord un plan de revenu de retraite. Ton plan d'investissement pourra ensuite être aligné avec ça.
Si tu as besoin d'aide pour bâtir ce plan, on peut t'accompagner là-dedans.
Si tu veux en savoir plus, tu peux planifier un court appel d'introduction en cliquant sur le boutton ci-dessous.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre éducatif seulement et ne constituent pas des conseils fiscaux ou financiers personnalisés. Consultez un planificateur financier ou un fiscaliste pour obtenir des recommandations adaptées à votre situation.