Le coût caché du vieillissement (et pourquoi ton plan de retraite doit en tenir compte)

Une bannière chaleureuse et lumineuse montrant un moment de complicité entre une personne âgée et son proche aidant, dans une ambiance naturelle, sereine et digne, baignée de lumière dorée.

Une cliente m'a raconté quelque chose récemment. Je lui ai demandé la permission de le partager, parce que ça illustre un angle mort qu'on oublie souvent dans les plans de retraite : la perte d'autonomie.

Son père est atteint de la maladie de Parkinson. Comme plusieurs enfants de parents vieillissants, elle et sa famille avaient fait une promesse : éviter le CHSLD le plus longtemps possible. Lui offrir un environnement plus humain, plus adapté, plus digne.

La promesse a été tenue.

Mais elle a un prix.

7 500 $ par mois. Et ce n'est qu'un début.

Le père de ma cliente vit aujourd'hui dans une résidence privée avec soins. Loyer mensuel : 7 500 $. Ça, c'est avec un rabais de fidélité de 500 $.

Bail d'une résidence privée avec soins

Fais le calcul : près de 90 000 $ par année.

Et ce montant n'a rien d'exceptionnel.

Ce que peu de gens réalisent, c'est que dans une résidence privée, presque tout est à la carte. Le loyer, c'est juste le point de départ. Ensuite s'ajoutent :

  • l'aide à la mobilité

  • l'assistance à l'hygiène personnelle

  • l'aide à l'habillage

  • l'administration et la supervision des médicaments

  • l'accompagnement à la vie quotidienne

  • les collations et repas supplémentaires

  • les activités adaptées

  • les soins de surveillance

La plupart des établissements font passer une évaluation fonctionnelle (souvent une grille ISO-SMAF ou ISO-SF) pour déterminer le niveau de soins requis. Et la règle est simple : plus l'autonomie diminue, plus la facture grimpe. Aux niveaux les plus élevés, ce n'est pas impossible de dépasser 10 000 $ par mois.

L'angle mort de la planification de retraite

On bâtit encore beaucoup de plans de retraite autour des mêmes postes : logement, voyages, loisirs, consommation courante. Tout ça, c'est important. Mais une autre dépense de la retraite reste souvent absente des projections : la perte d'autonomie.

Il suffit qu'un seul des deux conjoints ait besoin de soins spécialisés pour que les dépenses explosent. Et si la situation dure plusieurs années, l'impact sur le patrimoine familial peut être majeur.

Regarde les chiffres :

  • 7 500 $/mois = 90 000 $/an

  • 10 000 $/mois = 120 000 $/an

  • Sur 5 ans, à 120 000 $/an, ça fait 600 000 $

Peu de retraités ont prévu ça dans leur plan de départ.

Un sujet inconfortable, mais nécessaire

En planification financière, on parle facilement de risque de marché, de fiscalité, de longévité. La perte d'autonomie, c'est plus délicat. Les gens préfèrent imaginer une retraite active plutôt qu'une éventuelle perte d'indépendance.

Mais éviter d'en parler ne fait pas disparaître le risque.

Voici les questions qui devraient faire partie de toute démarche de planification sérieuse :

  • Souhaites-tu demeurer à domicile le plus longtemps possible?

  • Accepterais-tu un hébergement en CHSLD si nécessaire?

  • Préférerais-tu une résidence privée avec soins?

  • Combien serais-tu prêt à consacrer à ce type d'hébergement?

  • Souhaites-tu préserver un héritage malgré ces dépenses potentielles?

  • Qui prendra les décisions si tu deviens inapte?

Les réponses influencent directement les projections et les stratégies de décaissement.

Des pistes à considérer pour planifier ces dépenses

Dans le cas de ma cliente, le père était quand même très à l'aise financièrement. Mais il y avait un historique familial qui laissait présager un risque plus élevé lié à cette maladie. Sachant ça, la famille a pris une décision : plutôt que de risquer de voir le père dépenser progressivement tout son patrimoine, ils ont pris une bonne partie de ses actifs et souscrit une rente viagère.

Aujourd'hui, cette rente couvre entièrement les frais de soins de son père.

Ce n'est pas une recommandation universelle. C'est une décision qui faisait du sens dans leur contexte, avec leur historique familial. Mais ça illustre bien qu'il existe des façons concrètes de se prémunir contre ce risque. En voici quelques-unes.

La rente viagère. Comme dans l'exemple ci-dessus, elle permet de sécuriser un revenu garanti à vie, capable de couvrir une partie ou la totalité des dépenses liées aux soins. Elle est particulièrement pertinente pour les gens qui ont une longévité familiale importante ou un risque accru de soins prolongés : elle réduit significativement le risque d'épuisement des actifs dans ces scénarios.

La maison comme police contre les soins de longue durée. Pour les clients qui n'ont pas l'intention de vendre leur maison, l'équité accumulée peut être vue comme une forme d'assurance. On peut par exemple calculer combien d'années de soins cette équité permettrait de couvrir : sur une maison de 500 000 $, à raison de 5 000 $ ou 10 000 $ par mois selon le niveau de soins anticipé (en fonction des réponses aux questions de la section précédente), ça donne une idée concrète du filet de sécurité disponible. Par exemple, une maison de 500 000$ pourrait offrir une couverture d’environ 8 ans dans un RPA privé à 5 000$/mois.

L'assurance soins de longue durée. C'est une option à considérer, quoique au Québec et au Canada en général les primes sont nettement plus élevées qu'aux États-Unis et les conditions plus restrictives, ce qui en limite l'attrait pour plusieurs personnes. Personnellement, je ne suis pas un fan.

Une réserve dédiée. Une autre approche consiste à mettre de côté, à même le portefeuille, une portion spécifiquement réservée aux besoins éventuels de soins de longue durée, un peu comme le principe du coffre de guerre, mais appliqué à ce risque précis plutôt qu'à la séquence des rendements. Le CELI peut se prêter particulièrement bien à cette stratégie : si on part du principe qu'on n'y touche pas et qu'il devient notre réserve contre les soins de longue durée, on peut se permettre de l'investir de façon dynamique dès le début de la retraite. Ça donne une bonne possibilité de croissance, avec l'objectif d'atteindre un solde considérable plus tard, au moment où le besoin pourrait réellement se présenter.

L'assurance vie avec participation (VEAP). Pour les gens qui détiennent des placements non enregistrés, qui ont des bons surplus de retraite et qui ont des objectifs successoraux, structurer une police d'assurance vie avec participation peut être fiscalement avantageux. Ce type de police accumule une valeur de rachat au fil des années. Si le client n'a jamais besoin de soins, tant mieux : c'est un héritage important transmis au décès, libre d'impôt, avec un rendement tout à fait intéressant. Et si le besoin se présente plus tard, une fois les autres actifs épuisés, la valeur de rachat accumulée peut représenter une somme considérable accessible du vivant, selon le type de police souscrite.

Une nuance importante : ces stratégies ne sont pas pour tout le monde. Pour les personnes dont les ressources sont plus limitées, quand le plan de retraite ne dégage pas de surplus considérable, on n'a souvent pas le luxe de se prévoir une réserve ou une stratégie dédiée aux soins de longue durée. Et c'est correct ainsi : se priver aujourd'hui pour couvrir un risque incertain, c'est s'empêcher de vivre sa retraite. Dans ces cas-là, la priorité doit toujours aller à la couverture du style de vie, pas à un risque qui ne se manifestera peut-être jamais. Certaines personnes pourraient envisager de travailler un peu plus longtemps, ou à temps partiel, pour se donner plus de marge, mais les stratégies décrites plus haut deviennent nettement moins applicables avec un plan serré.

Je tiens aussi à le rappeler : le cas de ma cliente est particulier, pas la norme. La grande majorité des gens qui ont besoin de soins de longue durée en ont besoin pendant environ 1 à 3 ans et ce n'est pas tout le monde qui en aura besoin. Avant de te priver en début de retraite pour te bâtir une grosse réserve, ça vaut la peine d'y penser sérieusement.

Il existe donc plusieurs options, et aucune d'elles n'est parfaite. C'est normal. C'est du cas par cas. Tu dois d’abord comprendre ce que tu veux, puis ajuster la façon de couvrir ce risque en conséquence. Comme partout en planification financière, il n'y a pas de réponse parfaite, seulement la bonne réponse pour TA propre situation.

Ce n'est pas juste une question de chiffres

Derrière chaque projection financière, il y a une réalité humaine.

Cette histoire, ce n'est pas juste une facture de 90 000 $ par année. C'est une promesse familiale. Une valeur qu'on veut honorer. Une question de dignité.

Mais ce n'est pas non plus une raison de sacrifier ta retraite pour te bâtir une forteresse contre un risque qui, statistiquement, ne durera peut-être qu'un à trois ans ou qui ne se manifestera peut-être jamais. La bonne réponse dépend entièrement de ta situation : ton patrimoine, ton historique familial, ta tolérance à l'incertitude, tes préférences personnelles. Pour certains, ça voudra dire structurer une rente viagère ou une police d'assurance vie avec participation. Pour d'autres, ça voudra plutôt dire vivre pleinement sa retraite et faire face au risque le moment venu, avec les outils disponibles à ce moment-là.

Un plan de retraite ne devrait donc pas nécessairement financer une réserve dédiée aux soins de longue durée à tout prix. Il devrait plutôt t'amener à te poser les bonnes questions à l'avance, pour que le choix, peu importe lequel, soit fait en connaissance de cause, et non dans l'urgence.

Parce que quand ce moment arrive, ce que les familles veulent, c'est avoir le choix. Et avoir le choix, ça se planifie à l'avance, pas nécessairement en épargnant davantage, mais en y ayant réfléchi.


Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre éducatif seulement et ne constituent pas des conseils fiscaux ou financiers personnalisés. Consultez un planificateur financier ou un fiscaliste pour obtenir des recommandations adaptées à votre situation.

Kristopher Lepage

Salut! Je suis planifiateur financier et je me spécialise à aider les personnes de 50 ans et plus déjà retraités (ou proches de l’être à réduire leurs impôts et à créer un chèque de paie fiable et durable pendant toute la retraite. Lorsque je n’aide pas mes clients à réduire leurs impôts, vous pouvez me trouver en train d’écrire des articles pour aider plus de québécois à mieux planifier leur retraite.

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