Obligations à la retraite : pourquoi elles t'ont déçu depuis 2020 (et pourquoi c'est peut-être une bonne nouvelle)

Bascule représentant la relation entre les taux d'intéret et le prix des obligations

Tu as regardé ton relevé dernièrement et tu t'es dit : « Attends un peu… mes obligations, c'est pas censé être la partie plate et stable de mon portefeuille? »

T'es loin d'être le seul.

Depuis quelques années, plusieurs retraités ont vu la portion obligataire de leur portefeuille faire du surplace ou carrément reculer. Et la question est tout à fait légitime : si les obligations sont là pour la stabilité, pourquoi elles ont autant brassé?

La réponse tient en une phrase : on vient de traverser un des cycles de taux d'intérêt les plus mouvementés des 40 dernières années.

Retournons quelques années en arrière pour comprendre ce qui s'est passé et surtout, ce que ça veut dire pour ta retraite.

2020 : l'argent ne coûtait presque rien

Au début de la pandémie, la Banque du Canada a abaissé son taux directeur à 0,25 %. Le message était clair : il faut tout faire pour soutenir l'économie.

Résultat? Les obligations émises à ce moment-là ne rapportaient presque rien. Le taux de l'obligation 10 ans du gouvernement du Canada est tombé sous la barre de 1 %. À son creux, en mars 2020, il a même glissé autour de 0,2 %.

C'était voulu. Avec des taux aussi bas, emprunter ne coûtait presque rien, ce qui stimulait la consommation et l'économie. Et comme les obligations ne rapportaient plus grand-chose, les investisseurs sont allés chercher leur rendement ailleurs, surtout du côté des actions. On était en quelque sorte obligé de prendre plus de risque pour aller chercher un rendement intéressant.

Sauf qu'il y avait un piège caché. Quand les taux sont déjà au plancher, il n'y a pratiquement plus de place pour descendre… mais il y a beaucoup de place pour monter. Et quand les taux montent, les obligations existantes perdent de la valeur et ça fait mal à l’économie.

2022-2023 : le choc des taux

À la sortie de la pandémie, l'inflation s'est mise à exploser. Plusieurs facteurs se sont additionnés :

  • les ruptures dans les chaînes d'approvisionnement;

  • les pénuries de main-d'œuvre;

  • une reprise de la consommation très forte;

  • la flambée des prix de l'énergie.

Pour éteindre le feu, la Banque du Canada a fait passer son taux directeur de 0,25 % à 5 % entre mars 2022 et juillet 2023. Dix hausses en 16 mois. Selon la Banque elle-même, c'est le resserrement le plus rapide de l'histoire du Canada.

Pour les obligations, ça a été brutal. En 2022, l'indice obligataire universel canadien a reculé d'environ 12 %, sa pire année jamais enregistrée.

Pourquoi une baisse aussi forte? Pense à une balançoire à bascule. D'un côté, les taux d'intérêt. De l'autre, le prix des obligations. Quand un côté monte, l'autre descend.

Concrètement : imagine que tu détiens une obligation qui te rapporte 2 %. Du jour au lendemain, les nouvelles obligations en offrent 5 %. Qui voudrait acheter la tienne au plein prix? Personne. Sa valeur baisse jusqu'à ce qu'elle redevienne aussi attrayante que les nouvelles.

C'est exactement ce qui est arrivé aux fonds obligataires.

2024-2025 : on respire un peu

À mesure que l'inflation ralentissait, la Banque du Canada a changé de cap. À partir de juin 2024, elle a baissé son taux directeur à plusieurs reprises, pour le ramener de 5 % à 2,25 % en octobre 2025.

Les obligations ont récupéré une partie du terrain perdu. L'indice universel canadien a terminé 2024 en hausse d'environ 4 % et 2025 d'environ 2,5 %.

Le portrait devenait plus encourageant :

  • une inflation mieux maîtrisée;

  • un taux directeur nettement plus bas;

  • des rendements obligataires redevenus intéressants.

Beaucoup avaient l'impression que le pire était derrière nous.

2026 : pourquoi les obligations ont encore déçu

Puis 2026 est arrivé, et on a eu un rappel important : le taux directeur et les taux obligataires à long terme, ce n'est pas la même chose.

Pendant les dix premiers mois de l'année, la Banque du Canada a gardé son taux directeur à 2,25 %. Pendant ce temps, le taux de l'obligation 10 ans du Canada est passé d'environ 3,3 % en février à plus de 4 % au début d'octobre, un sommet en trois ans.

Autrement dit, le marché obligataire a devancé la banque centrale. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a recommencé à monter son taux en septembre. Et le 28 octobre, la Banque du Canada a fini par suivre : hausse de 0,25 point, à 2,50 %. C'est sa première hausse en plus de trois ans.

Plusieurs facteurs ont poussé les taux à long terme vers le haut :

  • une inflation qui a repris de la vigueur depuis le printemps (3,1 % en septembre), surtout à cause du prix de l'essence;

  • une économie américaine plus résiliente que prévu;

  • des déficits gouvernementaux importants;

  • des investisseurs qui exigent un rendement plus élevé pour prêter à long terme.

Résultat : à la fin septembre, l'indice obligataire universel canadien était légèrement négatif depuis le début de l'année. Ce sont les échéances plus longues qui ont tiré l'indice vers le bas : l'indice à court terme, lui, était en hausse d'environ 0,5 %.

La bonne nouvelle : les rendements de départ sont redevenus intéressants

Oui, les dernières années ont été difficiles. Mais elles ont aussi recréé quelque chose qu'on avait presque oublié : des obligations qui paient vraiment quelque chose.

En 2020, tu prêtais ton argent au gouvernement pour moins de 1 % par année. Aujourd'hui, l'ensemble du marché obligataire canadien offre un rendement à l'échéance près de 4 %.

C'est fondamental, parce qu'une obligation détenue jusqu'à l'échéance te rapporte essentiellement le taux auquel tu l'as achetée. Plus ce taux de départ est élevé, meilleur est ton rendement futur.

Autrement dit, la douleur des dernières années a servi à quelque chose : elle a amélioré le potentiel de rendement pour les années à venir.

Et si tu es à la retraite et que tu cherches un peu plus de stabilité dans ton portefeuille, c'est une très bonne nouvelle pour toi : tu peux maintenant obtenir un revenu intéressant sans avoir à prendre autant de risque en Bourse.

Trois scénarios pour les prochaines années

Personne ne peut prédire les taux d'intérêt. Pas moi, pas les économistes, pas les banques centrales. Par contre, on peut regarder les trois grands scénarios possibles.

Scénario 1 : les taux baissent

Si l'inflation se calme et que les taux baissent, les obligations déjà en circulation prennent de la valeur. Tu touches donc deux choses :

  • tes revenus d'intérêts;

  • une appréciation du prix de tes obligations.

Dans ce scénario, les obligations pourraient rapporter plus que leur simple revenu d'intérêts.

Scénario 2 : les taux restent à peu près stables

Si les taux restent proches des niveaux actuels, tu encaisses simplement le revenu d'intérêts. Et ce point de départ est beaucoup plus intéressant qu'il y a cinq ou six ans.

Les obligations reprennent alors pleinement leur rôle : générer du revenu et stabiliser le portefeuille.

Scénario 3 : les taux montent encore

C'est possible. Dans ce cas, les obligations subiraient une nouvelle pression à court terme.

Mais ce ne serait pas 2022. On part de taux beaucoup plus élevés, donc le coussin de revenu absorbe une bonne partie du choc. Et les obligations qui arrivent à échéance sont réinvesties à des taux encore plus élevés, ce qui augmente graduellement ton revenu futur.

Si ton horizon est de moyen à long terme, ce scénario est loin d'être aussi négatif qu'il en a l'air.

Comment j'utilise les obligations dans mes recommandations

Comme tu le sais peut-être, je travaille presque exclusivement avec des retraités et des préretraités.

À cette étape-là, l'objectif n'est plus juste de faire grossir le patrimoine. Il faut qu'il te verse un revenu fiable pendant 25 ou 30 ans, peu importe ce que les marchés décident de faire.

Un des plus grands dangers en début de retraite, c'est le risque de séquence des rendements : une grosse correction boursière arrive dans les premières années, et tu dois quand même continuer à retirer de l'argent. Tu vends tes actions au pire moment, et ton portefeuille a beaucoup de mal à s'en remettre.

C'est pour ça que, pour moi, les obligations sont d'abord et avant tout un outil de gestion du risque. Leur job n'est pas de maximiser le rendement. Leur job, c'est de :

  • réduire la volatilité du portefeuille;

  • servir de réserve de liquidités;

  • financer tes retraits quand les marchés sont dans le rouge;

  • t'éviter de vendre tes actions en pleine baisse.

C'est exactement le rôle de ce que j'appelle ton Coffre de guerre. Quand la Bourse va bien, tes placements de croissance continuent de travailler. Quand la tempête frappe, tu puises dans le Coffre de guerre pour payer ton épicerie, tes voyages et tes loisirs, sans toucher à tes actions au mauvais moment.

Pourquoi je privilégie souvent les obligations à court terme

Dans cette optique, je privilégie généralement les obligations à court terme gouvernementales pour la portion obligataire de mes clients.

La raison est simple : elles sont beaucoup moins sensibles aux variations de taux et moins corrélées avec les actions.

Attention, elles n'ont pas été épargnées. En 2022, l'indice obligataire canadien à court terme a reculé d'environ 4 %. Mais c'est trois fois moins que le marché obligataire dans son ensemble. Et en 2026, alors que l'indice universel était en léger recul à la fin septembre, le court terme restait en territoire positif.

Autre avantage : les obligations à court terme arrivent à échéance rapidement. Ton argent est donc réinvesti plus vite aux nouveaux taux du marché. Quand les taux montent, tu en profites rapidement au lieu de rester pris avec de vieilles obligations peu payantes.

Aujourd'hui, les obligations fédérales de 2 à 5 ans rapportent environ 3,3 % à 3,5 %. Les fonds d'obligations canadiennes à court terme, qui ajoutent des obligations provinciales et de sociétés, affichent un rendement à l'échéance d'environ 3,5 % à 4,5 % (avant frais), selon leur proportion d'obligations gouvernementales et de sociétés.

Pour moi, ça change complètement l'équation. Si on reprend nos trois scénarios :

  • Si les taux baissent, elles profitent d'une certaine appréciation.

  • Si les taux restent stables, elles continuent de verser un revenu intéressant.

  • Si les taux montent, elles sont réinvesties rapidement à des taux plus élevés.

Aucun placement n'est parfait et aucun n'élimine complètement le risque. Mais quand tu cherches à combiner stabilité, revenu et protection contre le risque de séquence, les obligations à court terme restent, à mon avis, un outil extrêmement pertinent.

Ce qu'il faut retenir

Les dernières années ont été éprouvantes pour les investisseurs obligataires. Des taux quasi nuls en 2020, une inflation qui explose, des hausses de taux record, puis une remontée des taux à long terme en 2026 : les obligations ont traversé une des périodes les plus difficiles de leur histoire récente.

Paradoxalement, c'est justement ce qui rend le contexte d'aujourd'hui beaucoup plus intéressant. On est passés d'un monde où les obligations ne rapportaient presque rien à un monde où elles paient de nouveau un vrai revenu.

Et peu importe la direction des taux, les perspectives sont beaucoup plus équilibrées :

  • si les taux baissent, les obligations peuvent prendre de la valeur;

  • s'ils restent stables, elles continuent de générer un revenu intéressant;

  • s'ils montent, les nouveaux placements profitent de rendements plus élevés.

Pour ma part, je continue de voir les obligations, surtout à court terme, comme un élément essentiel du coffre à outils des retraités. Pas parce qu'elles promettent les meilleurs rendements. Parce qu'elles rendent ta planification financière plus solide, plus prévisible, et te donnent ce qui compte le plus à la retraite : la tranquillité d'esprit de profiter de ton argent.

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Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. Le rendement à l'échéance d'un fonds n'est pas un rendement garanti. Ce texte est fourni à titre informatif seulement et ne constitue pas une recommandation personnalisée.

Kristopher Lepage

Salut! Je suis planifiateur financier et je me spécialise à aider les personnes de 50 ans et plus déjà retraités (ou proches de l’être à réduire leurs impôts et à créer un chèque de paie fiable et durable pendant toute la retraite. Lorsque je n’aide pas mes clients à réduire leurs impôts, vous pouvez me trouver en train d’écrire des articles pour aider plus de québécois à mieux planifier leur retraite.

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